L'illusion

L'illusion

80% au bac, et après ?

La première fois que j’entends parler de ce pourcentage de réussite au bac, c’est en classe de terminale, en cours de mathématiques.

Nous stressions à l’idée qu’un des chapitres soit à l’épreuve du baccalauréat. Il était plutôt difficile et, en regardant les annales des années précédentes, il n’était encore jamais tombé.

Notre professeur, en nous voyant inquiets, nous regarde en souriant et nous dit :

« Oh, mais ne vous inquiétez pas, si beaucoup d’élèves ont faux à l’exercice, ils changeront le barème. »

Ensuite, il nous explique comment se déroule la correction des copies.

Effectivement, si un grand nombre d’élèves se trompent sur un exercice ou une question à beaucoup de points : ils baissent le nombre de points de cette question et augmentent les points d’une question plus simple

Il termine en nous disant :

« Et oui, il faut qu’il y ait au minimum 80% de réussite au bac, puisque la France doit garder sa réputation. »

Arrivée à l’université, en deuxième année de sciences de l’éducation, une de mes professeures et un livre m’ont ouvert les yeux… encore un peu plus sur ce sujet.

Ce livre, c’est 80% au bac… et après ? de Stéphane Beaud.

Et il pose une question simple, mais dérangeante :

Que vaut réellement un diplôme que tout le monde (ou presque) obtient ? Une réussite… qui cache autre chose. Sur le papier, 80% de réussite au bac, c’est impressionnant. On pourrait croire que le niveau global augmente, l’école devient plus juste et que les chances sont mieux réparties.

Mais en réalité, cette réussite massive pose un autre problème : le bac a perdu une grande partie de sa valeur. Là où il permettait autrefois d’accéder à certains postes, il est aujourd’hui devenu une étape, un minimum et presque une formalité.

On pourrait penser que l’école est devenue plus égalitaire. Mais en réalité, la reproduction des inégalités sociales n’a pas disparu.

Une ouverture du bac… qui cache une autre réalité

Dans les années 80, l’accès au baccalauréat devient un enjeu majeur. Les jeunes issus de milieux populaires, notamment les enfants d’immigrés, commencent à revendiquer leur place dans le système scolaire. L’école représente alors un espoir réel :

  • sortir de la précarité

  • accéder à une meilleure vie

  • offrir une ascension sociale

Face à cette pression sociale, une décision est prise : ouvrir le baccalauréat au plus grand nombre. C’est ainsi qu’émerge cet objectif des 80% d’une génération au bac.

Mais cette ouverture n’est pas sans conséquence. Avant, le bac était :

  • sélectif

  • exigeant

  • et surtout professionnalisant

Avec un bac, on pouvait travailler. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le bac ne suffit plus.

Il est devenu une étape obligatoire… mais insuffisante. Et ce changement n’est pas anodin.

Une baisse du niveau qui interroge. Le niveau scolaire global a évolué à la baisse.

  • les exigences ont changé

  • les modes d’évaluation ont été adaptés

  • les barèmes ajustés

pour maintenir un certain taux de réussite. C’est devenu une pratique intégrée au fonctionnement du système. Des études toujours plus longues… pour les mêmes postes qui ne nécessitaient pas d'étude supérieure avant cette réforme et cette soit-disant avancé sociale.

Mais en parallèle de cette évolution, un autre phénomène apparaît : le niveau d’études requis, lui, augmente. Là où le bac suffisait autrefois, il faut aujourd’hui une licence voire un master et parfois même plus, pour accéder aux mêmes types de postes. Et les étudiants malgré le nombre d'année d'études sont de moins en moins compétent dans leur domaine.

Autrement dit : on donne plus facilement le bac… mais on repousse les conditions de la réussite réelle.

Une inégalité qui se renforce

Et c’est là que le système devient profondément injuste.

Car tout le monde ne peut pas faire 5 ans d’études, dépendre financièrement de ses parents et étudier sans contrainte.

Beaucoup de jeunes issus de milieux modestes ou de l’immigration doivent travailler à côté, aider leur famille et gérer des responsabilités lourdes

Résultat : moins de temps, plus de fatigue et plus de pression. Et donc plus de difficultés à suivre. Et beaucoup abandonnent...

On donne à tous l’accès au bac… Mais on ne donne pas à tous les moyens d’aller plus loin. Et on culpabilise en cas d'échec en disant que l'école donne à tous les mêmes chances de réussite.

Une inégalité dès le départ : la culture scolaire

Un point essentiel, souvent invisible : tous les enfants ne grandissent pas avec les mêmes repères face à l’école. Certains arrivent avec un vocabulaire proche de celui de l’école, des habitudes de travail et une compréhension implicite des attentes.

Tandis que d’autres doivent apprendre tout cela en même temps que les cours.

Ce n’est pas une question d’intelligence. C’est une question d’environnement. Les élèves qui réussissent sont ceux qui ont compris ce que l'école attend d'eux. Et ce sont souvent les enfants issus de classes sociale favorisées dont les parents ont fait de grandes études et connaissent par coeur le système et ses attentes.

Ces enfants commence leur vie avec la culture scolaire (livres, auteurs, mouvements littéraire, histoires, visites culturelles...) , des compétences déjà acquises avant même qu'elles soient abordé à l'école.

N'as-tu jamais eu comme mention dans ton bulletin ou dans celui de tes enfants "élève trop scolaire"? ils n'attendent pas que l'élève recraches le cours il veulent que qu'il aille plus loin qu'il donnes des exemples qui ne sont pas citer dans le cours. Qu'il fasse le lien avec des éléments extérieur au cours. Mais comment avoir d'autres éléments à citer ? comment faire des liens avec d'autres choses lorsque nous n'avons pas la culture scolaire et que nous sommes issus d'une famille de classe sociale défavorisé ?

Quand le regard de l’enseignant influence la réussite.

Et à cela s’ajoute un phénomène bien connu l’effet Pygmalion, que j'ai d'écrit dans l'article précédent. Clique ici pour y avoir accès.

Les attentes des enseignants influencent les résultats des élèves.

Sans même s’en rendre compte on encourage davantage ceux qu’on pense capables (ceux qui ont cette culture scolaire : qui semble plus instruit) et on sollicite moins ceux qu’on pense en difficulté.

Et cela peut renforcer les écarts, notamment pour les élèves issus de milieux défavorisés et ceux qui ne maîtrisent pas les codes scolaires. Le regard posé sur un élève peut construire son parcours (positivement ou négativement)

Une illusion d’égalité

Au final, on se retrouve avec une situation paradoxale : de plus en plus de jeunes ont le bac, mais tous n’ont pas les mêmes chances après. On a démocratisé l’accès au diplôme… sans démocratiser réellement la réussite.

Conclusion

Avec le recul, cette phrase de mon professeur de terminale prend un autre sens.

“Il faut 80% de réussite.” Mais réussite de quoi, exactement ? Obtenir un diplôme ? Ou être réellement préparé à la suite ?

Le travail de Stéphane Beaud met en lumière une réalité dérangeante : L’école ne réduit pas les inégalités. C'est une machine a reproduction des inégalités sociales.

On donne à tous l’impression d’avancer… mais certains avancent avec des repères, des ressources, un soutien. Et d’autres avancent seuls, en essayant de comprendre les règles en cours de route.

Et aujourd'hui ? est-ce que faire des études garanti la réussite ?

On pousse les élèves à obtenir le bac, puis une licence, puis un master… mais pour quels résultats réels ? Faire 5 ans d’études pour toucher 2500€ (ou même moins) ? …est-ce vraiment ce qu’on appelle “réussir” ? ou est-ce la réussite pour rentrer dans moule de la société.

Il existe des voies qui changent la vie… mais très limitées. Les filières qui offrent de vrais débouchés, celles qui permettent d’accéder à un salaire confortable et à une vraie stabilité.

Et souvent, elles sont réservées à ceux qui ont déjà les codes et les ressources :

  • enfants de médecins

  • enfants d’avocats

  • enfants de cadres

Pour les autres, le parcours est semé d’embûches : pression plus forte, manque de soutien, obstacles implicites… et beaucoup décrochent avant même d’arriver au bout.

Une réussite qui n’est pas équitablement distribuée.

Au final, obtenir un bac, une licence, un master… ne garantit plus de vivre dignement ou de changer son statut social.

Les diplômes sont nombreux, les parcours plus longs, mais les vraies opportunités restent concentrées, et souvent inaccessibles à ceux qui n’ont pas déjà les moyens ou les codes culturels pour réussir.

Mon but n'est pas de vous convaincre que vos enfants ne doivent pas faire d'études supérieure. Mais plutôt d'ouvrir les yeux sur le système et ses intérêts.

Arrêtons de mettre dans la tête de nos enfants que l'école c'est important, c'est faux. C'est l'instruction qui l'est. Et bonne nouvelle nous pouvons, et je dirais même nous devons nous instruire tout au long de notre vie. Et ceux sans passer par le système solaire.

L'école nous fait croire que si on ne réussit pas on ne fera rien de notre vie. Alors que c'est faut également. On nous cache toutes les autres possibilités qui s'offrent à nous et qui peuvent dans de très nombreux cas changer notre vie. Son but est d'alimenter le système, et tout ce qui est en dehors du système est dangereux et risqué. Encore des barrières mentales pour maintenir les classes sociales défavorisées loin de la vrai réussite.

Observe tes enfants et accompagne-les dans ce qu'ils souhaitent réellement faire. Les études supérieures sont nécessaires uniquement si ils ont besoin d'un diplôme afin d'exercer un métier qui les PASSIONNENT.

Nous continuons la déprogrammation mentale avec la vision des études supérieures des classes favorisées et des classes défavorisées dans le prochain article. Incha'Allah

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