LE DÉBUT DE MA PRISE DE CONSCIENCE
Après l'obtention de mon baccalauréat, j'ai décidé de poursuivre des études universitaires en sciences de l'Éducation. Je me destinais aux métiers de l'enseignement. J'hésitais entre professeur et CPE. Mais je préférais le métier de CPE, car, selon moi (à l'époque), ce métier me permettrait de changer les choses de l'intérieur.
En tant que professeur, nous avons les élèves un moment dans la journée, lors de notre cours, et çà s'arrête là. Pas de discussion approfondie avec eux, pas de proximité qui me permettrait de les aider réellement. Je voulais être cette personne de confiance sur qui ils pourraient compter, à qui ils pourraient se confier, afin de les guider au mieux vers leur réussite, tant personnelle que professionnelle.
MA PREMIÈRE ANNÉE À L'UNIVERSITÉ
Dès les premiers cours, un de nos professeur qui était le maître de conférences de l'Université des sciences de l'Éducation de mon académie, nous a annoncé la couleur. Dès la première séance, il nous a parlé de l’effet Pygmalion.
L'effet Pygmalion : Il s’agit d’un concept théorisé en 1960 par Robert Rosenthal, psychologue, et Leonore Jacobson, directrice d’école. À travers différentes expériences menées avec des élèves, ils ont démontré que le jugement d’une personne influence et modifie le comportement d’une autre.
Rosenthal a mené l'expérience suivante : au début de l'année scolaire, il a fait passer un test de d'intelligence à des élèves de primaire afin d’évaluer leur potentiel de réussite scolaire.
Ensuite, il a indiqué aux enseignants quels élèves avaient obtenu les meilleurs résultats. Mais en réalité, ces élèves avaient été choisis au hasard, et n’étaient pas plus intelligents que les autres.
Les enseignants ont donc nourri de fausses croyances concernant le potentiel de certains élèves.
À la fin de l’année, Rosenthal a fait passer un véritable test aux mêmes élèves.
Résultat : ceux qui étaient supposés être les plus intelligents ont obtenu les meilleurs résultats scolaires.
POURQUOI ?
Parce que les enseignants ont inconsciemment adopté une attitude différente envers ces élèves : plus de bienveillance, plus de patience, plus de confiance en leurs capacités. En croyant en leur réussite, ils ont changé leur comportement à leur égard, ce qui a placé ces élèves dans de meilleures conditions pour réussir.
UNE EXPÉRIENCE RÉVÉLATRICE
Cette expérience illustre pourquoi les enfants stigmatisés par les enseignants réussissent moins bien à l’école.
Un enfant peut voir sa confiance en lui augmenter ou diminuer en fonction du regard et de l’attitude de l’adulte envers lui.
Nous savons aujourd’hui que, selon le milieu social dans lequel grandissent les élèves, les enseignants peuvent avoir des préjugés.
C’est ainsi que l’école est, en partie, devenue une machine de reproduction des inégalités sociales.
Les élèves issus de milieux défavorisés sont pénalisés dès le plus jeune âge, même à l’intérieur du système scolaire, ce qui entrave le développement de leur estime de soi et réduit leurs chances de réussite.

UNE PRISE DE CONSCIENCE PERSONNELLE
Je suis sortie de ce premier cours changée. J’ai compris beaucoup de choses.
Je n’ai jamais été une bonne élève. J’ai toujours été moyenne… très moyenne, jusqu’en 3ᵉ, où tout a changé, grâce à deux de mes professeurs : ma professeure de Français et mon professeur de Mathématiques.
En 3ᵉ, c’est l’année de l’orientation. Je n’avais absolument pas confiance en mes capacités intellectuelles, et j’ai donc décidé de m’orienter vers une seconde professionnelle “Soins et services à la personne”.
À l’époque, je voulais faire carrière dans le secteur social, je pensais notamment au métier d’éducatrice spécialisée. J’aimais déjà, à ce moment-là, me sentir utile aux autres.
En discutant avec ma professeure de Français à propos de mon orientation, elle ne comprenait pas pourquoi je voulais passer par un bac professionnel ASSP pour devenir éducatrice spécialisée.
Selon elle, je devais plutôt faire une seconde générale, puis un baccalauréat technologique ST2S (Sciences et Technologies de la Santé et du Social).
Mais pour moi, c’était impossible ! La seconde générale était tout simplement inenvisageable. J’étais persuadée que j’allais couler, car je n’avais pas le niveau.
Elle a insisté, en me disant que j’avais les capacités pour réussir. Voyant que je ne voulais rien entendre, elle a décidé de convoquer ma mère.
Lors de l’entretien, elle a expliqué à ma mère que je ne faisais pas le choix du bac professionnel par passion, mais uniquement parce que je manquais de confiance en mes capacités. Elle lui a également affirmé que j’avais le niveau pour aller en seconde générale et réussir mes études.
(Sachant qu’elle m’avait eue en 4ᵉ, tout comme mon professeur de mathématiques, elle connaissait bien mon niveau.)
Cet entretien m’a profondément chamboulée. Je ne comprenais pas comment elle pouvait dire ça… mais, en réalité, ça m’a redonné confiance en moi.
Elle en a parlé à mes autres professeurs. À partir de là, j’ai reçu un soutien incroyable de mon professeur de mathématiques et de ma professeure de technologie.
Le reste de l’équipe pédagogique, en revanche, a continué à m'enfoncer.
Mais je suis restée accrochée à l’image que ma prof de Français avait de moi, et aux efforts que faisait mon professeur de maths pour me faire réussir.
Résultat : mes notes n’ont fait qu’augmenter.
Je suis passée de 10 de moyenne générale à 15 au troisième trimestre.
J’ai obtenu mon brevet avec mention, alors que je pensais ne même pas l’avoir.
En arrivant en seconde générale, mes notes ont continué à grimper dans presque toutes les matières.
J’ai eu d’excellents résultats dans les matières scientifiques, au point de décider de m’orienter en première scientifique, puis de décrocher un baccalauréat scientifique, spécialité mathématiques.
Moi, qui pensais ne pas avoir les capacités pour obtenir le brevet des collèges… !
C’est ainsi que j’ai pris conscience que j’avais vécu l’effet Pygmalion dans ma propre scolarité. Et que tout a changé grâce à une professeure qui a simplement cru en moi et m’a valorisée.
Je suis sortie de ce cours changer une première barrière mentale cassée. Ce fut le début d’une déprogrammation mentale, un nouveau regard sur la réalité de ce monde et sur Le système étroitement lié à l’école, où la programmation des esclaves modernes commence dès les premières années de scolarité.
À suivre...
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